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La transformation digitale à Grenoble est-elle en marche ?

Grenoble

CORNU-EMIEUX-RenaudConnue pour son bassin économique high tech, et labellisée par la Frenchtech, Grenoble semble bien partie pour répondre aux enjeux de la transformation digitale. Le point avec Renaud Cornu-Emieux, titulaire de la Chaire GEM-Orange « Digital Natives » et membre du Bureau de Digital Grenoble

Selon vous, quelles sont les caractéristiques de la transformation digitale ?

Le digital est omniprésent dans notre société et les codes en sont désormais bouleversés. Je le constate depuis plusieurs années, de nouveaux entrants modifient profondément les façons de faire, les business models, les modes d’organisation des entreprises et leur écosystème. De plus, les entreprises intègrent de plus en plus le client dans leur démarche d’innovation et la conception de leur produit ou de leur service. S’adapter à ces changements, en intégrant le mouvement de la transformation numérique, est devenu un enjeu crucial pour les entreprises. (Lire l’analyse de Renaud Cornu-Emieux « La transformation digitale : un enjeu culturel et 5 directions »)

La région grenobloise se caractérise par un bassin économique dynamique et très high-tech, la transformation digitale est-elle au cœur des préoccupations des entreprises ?

La transformation digitale est bien en marche à Grenoble, la labellisation French Tech en est le reflet. Différents indicateurs nous montrent l’intérêt des entreprises grenobloises pour cette problématique. Selon les critères énoncés plus haut, on peut noter la création de nombreuses start-up ou le développement d’entreprises en forte croissance (les nouveaux entrants) telles Squadrone, Evioo ou Linkio pour n’en citer que quelques unes qui proposent de nouveaux services ou produits bouleversant les schémas classiques des usages des consommateurs mais aussi les business models et modes d’organisation de leurs concurrents. On constate que Grenoble Ecole de Management joue un rôle important dans cette dynamique via notamment, son incubateur IncubaGem.

Des accélérateurs accompagnent ces startups. L’un d’entre eux à une démarche originale : « The Digital Company » permet de mettre en réseau des grands groupes de toute la France avec des startup. Les grands groupes peuvent ainsi développer en mode Lean startup des solutions numériques et les startups sont ainsi référencées auprès d’eux.

Par ailleurs, de plus en plus de conférences et ateliers sont organisés dans la région sur le sujet. Ils rencontrent un succès notable.

Enfin, nous le notons aussi particulièrement à l’EMSI, l’école du numérique de GEM, où les étudiants de formation continue, à la demande d’entreprises comme Orange, Petzl, Essilor, Eaton ou l’Aéroport de Lyon, ont planché sur ces sujets dans le cadre cas d’école réels (cas fil rouge). La preuve d’un intérêt certain pour ces enjeux.

Dans les exemples cités, les Grands groupes et les PME sont très présents… qu’en est-il des TPE ?

En effet, les grandes entreprises et les PME sont investies et communiquent sur leur transformation digitale car la démarche est longue et profonde pour ce genre d’organisation. Elle implique la mise en place d’un accompagnement de la transformation pour l’ensemble des collaborateurs. Les modes de management évoluent également, prenons pour exemple Sogilis et la mise en œuvre du concept d’entreprise libérée avec un fonctionnement en cellules autonomes qui interagissent en elles… De son côté, la Chaire « Mindfulness, bien être au travail et Paix Economique », portée par Dominique Steiler, enseignant à GEM, travaille avec des PME et groupes locaux tels HP, E2V, A. Raymond… sur le concept d’entreprise féconde où comment prendre en compte dans leur organisation, leur écosystème, leurs fournisseurs, prestataires ou concurrents et faire en sorte que les uns et les autres grandissent en même temps. Ces nouveaux modes de management et d’organisation font partie intégrante de la transformation digitale.

Je dirai que pour les très petites entreprises, tout repose sur le dirigeant et son accointance avec la transformation digitale. S’il est proche du sujet, tout peut aller très vite.

Quelles sont les perspectives ?

Aujourd’hui, toutes les entreprises ne se sentent pas encore concernées par le sujet alors que la prise de conscience doit être générale. Il faut que les entreprises accélèrent le mouvement de la transformation digitale, non pas pour le plaisir de se transformer mais pour continuer être un acteur d’un tissus économique florissant.

Les entreprises de la région grenobloise ont l’avantage de bénéficier d’un bassin favorable mélangeant la compréhension de la high tech et des usages mais aussi d’universités, de grandes écoles, d’entreprises spécialisées dans le domaine pour faciliter leur transformation.

Dans le cadre de la Chaire GEM-Orange Digital Natives, nous menons des recherches pour aider les entreprises à entamer et conduire cette démarche. Une étude de l’écosystème numérique grenoblois a été lancée récemment dans le cadre de la Chaire, elle est pilotée par Ludivine Calamel (Professeur à GEM). L’objectif est de comprendre la façon dont cet écosystème se structure et s’organise mais aussi ce qui fonctionne et les marges de progrès qu’il reste à effectuer.

Rendez-vous fin 2016 pour découvrir les résultats, un ouvrage devrait être rédigé pour courant 2017.

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Renaud CORNU-EMIEUX

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