Les travaux

Entre dépendance et ennui : Les Y et le numérique

Etudiants

Souvent décriée pour son addiction aux nouvelles technologies, la génération Y est-elle aussi « addict » qu’on le pense ? Dans les faits, son rapport au numérique est bien plus complexe qu’il n’y parait, il oscille entre dépendance, détachement et ennui. Explications.

Souvent décriée pour son addiction aux nouvelles technologies, la génération Y est-elle aussi « addict » qu’on le pense ? Dans les faits, son rapport au numérique est bien plus complexe qu’il n’y parait, il oscille entre dépendance, détachement et ennui. Explications.

En permanence connectée sur les réseaux sociaux ou sur leurs applications, telle est l’image que l’on perçoit de la génération Y. Une étude menée auprès d’étudiants de Grenoble Ecole de Management pour le compte de la Chaire GEM-Orange « Digital Natives » nous aide à mieux comprendre leurs pratiques et leur rapport au numérique.

3 heures par jour sur le numérique

C’est un fait, pour cette génération Y, le numérique fait partie intégrante de sa vie sociale et professionnelle. Elle est soumise à une servitude numérique volontaire car nécessaire pour se distraire ou appartenir à un groupe. Ils sont d’ailleurs 63 % des sondés à passer plus de 3 heures sur leurs appareils mobiles ou portables. Une journée type consiste à être connecté en permanence avec des pratiques qui s’apparentent à une forme de routine numérique. Ils vont par exemple consulter les mêmes sites et applications à des moments précis de la journée. Mais pourquoi une dépendance aussi forte ?

Lutte contre l’ennui et quête d’émotions fortes

L’une des raisons mise en avant, par cette étude, est que l’usage du numérique est considéré comme un moyen de combler les moments où l’ennui peut s’imposer, comme les pauses entre deux cours, les temps de trajet en transport en commun ou les instants de solitude. Le temps de connexion à une activité numérique est d’ailleurs très court moins d’une minute pour 43% des étudiants interrogés et entre 2 et 5 minutes pour 37 % d’entre eux.
Le numérique pour combler l’ennui et les moments de sollicitude mais pas que ! Il est aussi une manière d’échapper à la banalité, comme la routine d’un cours. En quête d’intensité émotionnelle, cette génération pense la vivre grâce au digital. Et les résultats de l’étude le montrent très bien, les étudiants vivent un véritable zapping émotionnel, passant du rire au stress aussi que vite que du stress au rire. Sans avoir réellement conscience que ces comportements à répétition peuvent amener à un épuisement émotionnel voire jusqu’à de « l’a-émotionalité ».

Le numérique vu comme une gratification

Cette dépendance au numérique peut-être également expliquée par la façon dont les jeunes considèrent cette activité. Elle relève plus pour eux de la logique de la récompense ! Après un long travail, les étudiants se gratifient en se connectant sur leur appli ou site préféré !

Le paradoxe d’une génération

Le plus intéressant dans cette étude est de constater que le numérique, vu comme un rempart à l’ennui, est lui-même une source d’ennui et d’insatisfaction pour cette génération. Paradoxal mais compréhensible, si l’on indique que les étudiants qui ont participé à cette étude avouent leur dépendance affective et leur hyper connexion tout en admettant qu’ils sont insatisfaits de leurs pratiques. La faute au zapping ? Les chercheurs ont observé que l’usage des ordinateurs et téléphones est synonyme pour notre société actuelle de gain de temps – je fais mes courses en ligne en parallèle d’une autre activité – et sous-entendu de rentabilité de soi. Dans l’étude, cette insatisfaction et cet ennui ont été vérifiés auprès d’étudiants qui n’arrivent pas à optimiser leurs activités numériques et se perdent en zapping inutile. Non maîtrisé ou improductif, l’usage du numérique leur donne la sensation de perdre du temps et procure un sentiment de déception doublé de culpabilité ! Ceux qui au contraire se sont révélés « stratégiques » dans leurs pratiques à la fois de divertissement ou de travail ont un réel sentiment de satisfaction lié à la performance individuelle.
Des conclusions qui vont pousser les chercheurs à approfondir leurs recherches auprès des étudiants « aux bons usages ». A quand le cours de bonnes pratiques numériques !

Pour en savoir plus :
Etude : Vers des bricolages stratégiques pour faire face à l’ambivalence affective du rapport au numérique, par Fabienne Martin-Juchat, Aurélia Dumas et Julien Pierre, Chercheurs associés à la Chaire Orange

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Renaud CORNU-EMIEUX

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